Après quelques années d'attente, Ride 6 débarque enfin avec une ambition non dissimulée : Devenir l'opus le plus complet d'une saga unique en son genre. Ride à son apogée, ou high side incontrôlé ?
Dans le domaine du jeu de course moto, un studio s’est particulièrement démarqué ces dernières années au point de devenir la référence du genre : Milestone. Le chemin, fait de hauts et de bas, n'a pas forcément été de tout repos pour les Milanais qui, à force de ténacité, ont prouvé leur légitimité au travers de licences majeures comme les MotoGP et, celui qui nous intéresse aujourd'hui, Ride. Plus de 10 ans après les premiers tours de roue de celui qui voulait être le “Gran Turismo de la moto”, la série revient sur le devant de la scène avec un sixième opus misant plus que jamais sur la diversité de ses catégories, ses kilomètres de pistes toujours plus nombreuses et, surtout, l'accessibilité pour tous. Que vous soyez amateur d'arcade sans prise de tête ou féru de simulation, Ride 6 débarque avec l'ambition de contenter tous les profils de joueurs. Paris osé, mais réussi ?
Une toute première approche inquiétante
En 2023 sortait Ride 5, un jeu que nous avions apprécié malgré une carrière à la progression trop basique. Et bien vous savez quoi ? Milestone ne nous a pas écouté pour ce sixième opus ! Bon ok, on met directement les pieds dans le plat, mais en même temps comment ne pas tiquer dès l’apparition des premiers menus et de leur interface… très simpliste. Un fond bleuté agrémenté de quelques lignes, le logo du jeu, bienvenue sur Ride 6. Les différents onglets dédiés aux divers paramètres ne sont pas mieux, on se demande illico où est passée la classe de Ride 5 qui, sans être parfait, sentait la passion de la mécanique, exhibant la modélisation de haut vol des plus belles machines.

Dès sa révélation, Ride 6 nous a annoncé sa volonté de renouveler son expérience en nous faisant vivre une aventure de baroudeur sur deux roues : le Ride Fest. Jeu de course, ambiance festival et musique électro… de quoi réveiller les pires craintes provoquées par un autre jeu, sur quatre roues, à l’ambiance survoltée et indigeste. Rassurez-vous, nous sommes loin des travers surjoués d’un Forza Horizon, mais face à quelque chose de bien plus raisonnable. En réalité, le Ride Fest sert avant tout de thème central pour Ride 6, représenté via un menu dynamique (le vrai cette fois-ci) regroupant les divers modes de jeu proposés. Courses rapides, magasins d’équipement et de personnalisation pour notre motard et ses montures, concession unique pour acheter une moto flambant neuve, et revendeur de modèles d’occasion… Vous trouverez via ce hub tout ce que l’on attend d’un titre du genre. Petite cerise sur le gâteau tout de même, une école de pilotage vient agrémenter l’expérience par le biais de quelques épreuves succinctes façon “permis à la Gran Turismo”, destinées à vous apprendre les bases du pilotage, avec des récompenses à la clé. Comme bien souvent sur ce genre de test, nous ne pourrons pas aborder la partie multijoueur en ligne, les serveurs étant inactifs au moment où ces lignes sont écrites. Mais les amateurs de partage de canapé seront ravis d’apprendre la présence d’un mode en écran scindé.

Le centre névralgique de Ride 6, celui qui nous intéresse le plus, réside bien évidemment dans la Carrière. Vous trouviez l'enchaînement d’épreuves sans âme en 2023 ? Ce ne sera pas mieux cette année. Une succession de catégories de courses à accomplir pour grappiller de l’argent et de la réputation nécessaire pour en déverrouiller de nouvelles, il faut bien admettre que la proposition est fade, qui plus est trop rapide avec des gains à ne plus savoir qu’en faire. On oublie les cinématiques mettant en scène les préparatifs de notre brêle ou bien les présentations des lieux et pays traversés. On sélectionne, on jette un œil aux objectifs (principaux comme secondaires), on lance l’épreuve et on enchaîne. Milestone donne vraiment l’impression d’avoir totalement délaissé la présentation de son titre, son enrobage hors course, alors que le potentiel était pourtant présent par le passé, bien que clairement perfectible. Et à la première approche, ça ne rassure pas du tout. Quelques affrontements contre des pilotes réels, comme Casey Stoner ou Guy Martin, viennent un peu pimenter le tout, mais c’est bel et bien dans d’autres domaines que Ride 6 dévoile tout son potentiel.

Le vrai visage de Ride 6
Le contenu et la variété des courses, la physique et les sensations de pilotage : ils sont là les véritables points forts de Ride 6, ceux qui nous feront oublier et presque pardonner les errances citées précédemment. Difficile en effet de faire la fine bouche concernant la variété du jeu, qui se veut être le plus complet de la série. Si je vous annonce 340 motos à la sortie, et avec les DLC à venir, réparties en 7 catégories alliant piste avec de la sportive, du supermotard, de l’endurance ou encore du naked, mais aussi de la terre avec de l’enduro, il y en aura absolument pour tout le monde. On salue également l’arrivée de nouvelles machines telles que les Baggers, ces mastodontes purement américains, et les maxi enduros. Chacune de ces catégories possède ses particularités, même si d’autres, comme les scooters, peinent à convaincre en plus de justifier leur légitimité dans un jeu de moto. Mais cela reste un autre débat.

Tout cela implique évidemment un nombre conséquent de circuits et autres tracés, routiers comme sauvages. Ils ne sont pas moins de 45, mixant réel et fictif. Un chiffre impressionnant qui tire bien évidemment profit du travail accompli sur les précédents titres, le tout remis au goût du jour. Car, de la même manière que ses cousins MotoGP 24 et 25, Ride 6 a entamé sa transition vers un tout nouveau moteur graphique, l’Unreal Engine. Et, à l’identique, le changement n’est pas forcément des plus incroyables. Évidemment, l’évolution due au nombre d’années séparant les deux jeux se ressent plus que sur un MotoGP annuel, mais on se demande si un tel changement était nécessaire à ce moment précis. L’Unreal Engine n’est pas réputé pour être un des moteurs les plus faciles dans le domaine de la course, mais le rendu général de Ride 6 est propre, détaillé, et offre de très jolis effets de lumière, en plus de quelques panoramas bien sentis. La modélisation des motos, comme à l’habitude de Milestone, se montre irréprochable, offrant de magnifiques opportunités de clichés stylisés par l’intermédiaire du mode photo. De l’aliasing sur certains éléments se fait ressentir, et la colorimétrie globale paraît plus terne, quoique peut-être plus proche de la réalité. Ce n’est pas une claque, mais c’est beau et surtout bien optimisé pour une fluidité à toute épreuve lors de notre test sur PC, y compris en 4K ultra ou même sur un écran ultrawide.

Côté son, le constat est là aussi positif, bien que parfois inégal selon les meules chevauchées. Rien d’alarmant pour autant, si ce n’est que les scooters, encore eux, auront vite fait de vous barber… Plusieurs couacs audios décelés durant notre phase de test ont été corrigés par les développeurs et ne sont donc plus à prendre en compte, en revanche il faut noter un problème d’ambiance dans les courses de stade, avec un public stoppant net ses clameurs, comme si la bande son était arrivée à son terme, avant de reprendre. Un petit ajustement qui sera sans aucun doute réglé très rapidement, mais que nous devons citer malgré tout.
Plusieurs gameplays pour toutes les approches
Finalement, le véritable cœur de Ride 6, celui sur lequel tout le reste repose, c’est la physique et les sensations qui y sont liées. De manière générale, Ride se veut être le jeu au plaisir immédiat, accessible au plus grand nombre, tandis qu’à ses côtés, MotoGP s'oriente davantage vers un aspect simulation. Mais l’un comme l’autre s’amusent à brouiller les pistes, comme le fait Ride 6 avec ses physiques arcades et pro. Vous êtes débutant ou adepte de fun immédiat sans prise de tête ? Alors le mode arcade, plus permissif, sera parfait pour vous. Si en revanche vous êtes un simracer dans l’âme, un perfectionniste de la trajectoire millimétrée, alors la physique pro sera votre défi. Sans être aussi pointue qu’un MotoGP24, le meilleur à mon sens dans le domaine sur ces dernières années, la gestion de Ride 6 se montre clairement jouissive dès lors que vous réduisez ou désactivez les aides au pilotage, en plus de faire un petit détour dans les réglages de la mécanique. Rouler sur le fil, jouer de la dérive du pneu arrière lors des freinages et accélérer à la limite du décrochage, le plaisir est réellement grisant, bien que nécessitant de la pratique. Gare aux chutes, elles seront vite arrivées, mais toujours justes, hormis lorsque l’IA parfois brouillonne s’en mêle.

Il n’y a en réalité pas de compétition, chaque manière de jouer est la bonne si elle vous convient. L’évolution reste possible pour ceux qui le souhaitent, et c’est là toute la force du gameplay offert par un Milestone mettant intelligemment à profit toute son expérience acquise. C’est en tout cas cette liberté d’approche qui continue à me faire enchaîner les heures de pilotage avec plaisir et satisfaction. Si je peux toutefois vous donner un conseil : baissez fortement le contrôle de traction lors des courses sur terre ou en supermot’, sans quoi vous aurez l’impression de rouler sur un rail, bridant totalement le plein potentiel de l’expérience proposée.